Toute ma vie, j’ai couru après une vie meilleure et même si mes goûts changeaient ou évoluaient, je passais néanmoins mon temps à tenter de l’améliorer, je reconnais que le prix en était parfois élevé. Idéaliste, j’ai toujours pensé que j’y avais droit et idéaliste, j’ai toujours avancé avec vigueur et énergie, forte de mes convictions.
Bien sûr, j’ai rencontré échec, difficulté et… souffrance. Mais peu importe… quand idéalisme est conjugué avec optimisme, vous arrivez à transformer n’importe quel échec négatif en positif et le film de la vie peut continuer ainsi son bonhomme de chemin, vous rendant ainsi plus forte à chaque fois.
lolLaughing Out Loud. Version anglaise de " MDR" (" mort de rire")., je me rends compte que sur ces sujets, j’étais en avance sur mon temps et je n’avais pas besoin à l’époque de lire des bouquins sur le développement personnel pour m’en convaincre !
Vous arrivez à la quarantaine fatalement plus sage et plus sereine.
La vie, je ne la conçois qu’à deux. Vivre seule, merci j’ai donné… et ce n’est pas une fin en soi. Je ne vois aucun intérêt de bâtir quelque chose toute seule dans mon coin. On est « riche » que des autres et je pense qu’on s’élève à leurs contacts.
Pour autant, c’est loin d’être évident et cela ne va pas en s’arrangeant : 1 français sur 7 vit seul, ce qui représente 14% de personnes seules (étude INED basée sur les chiffres 2007), contre 6% seulement de la population, en 1962. La vie devient difficile et notre exigence monte crescendo.

Pourquoi aujourd’hui ai-je besoin de mettre des mots sur mes états d’âme, alors que je suis habituellement une fervente protectrice de ma vie privée et de mes pensées profondes ?
Je me rends sans doute compte que le mal me ronge et que la douleur m’accapare. Quant à elle… l’étrangère… elle est là… perfide et me guette. Elle flirte avec mon inconscient… j’ai nommé la dépression. Ca y est, je l’ai dit, le mot est fort, je ne le reconnais pas et refuse de me l’approprier. Tu ne m’auras pas, dussé-je écrire quinze mille mots, quinze mille lignes ou même un livre entier, pour m’en convaincre et ne pas sombrer. Les mots sont salvateurs et là est ma porte de sortie, je le sais bien.
Plus jeune, je comprenais difficilement cet état de dépression et pourtant, j’étais à bonne école… mon père a été dépressif toute sa vie. Je l’ai toujours connu ainsi, et j’avoue, j’ai un rapport plutôt difficile avec tout ceci. Mais moi, avec mon coeur de bisounours, mes idéaux… le soleil brille… »tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil »… je ne pouvais pas adhérer et comprendre cet état semi-destructeur qui rend amère et triste.
Et puis, un jour… tu prends peur, car tu la sens arriver « l’étrangère », elle est là.. toute proche, prête à t’aspirer par le bas. Et si tu n’y prends pas garde, elle prends possession de toi, de ton esprit et s’accapare ta propre volonté qu’elle utilise contre toi pour t’abaisser et t’écraser de tout son poids.
Un apprentissage de plus. A partir de là, je comprends que l’on ne choisit pas la dépression mais que c’est plutôt elle qui te choisit !
Aujourd’hui n’est pas un jour comme un autre, car je vais sans doute mettre du positif sur une souffrance qui ne voulait pas me quitter et dans un même temps, je l’espère, me débarrasser de … l’étrangère.
Après un parcours de vie plutôt chaotique, j’ai rencontré l’âme soeur en 2004. Même points communs, même galères et même soif de vie et d’amour. Mon coeur de Bisounours virevoltait de nuage en nuage et notre couple faisait pâlir d’envie tous ceux qui nous rencontraient. Bref, je pense pouvoir dire que j’avais ce sentiment d’invincibilité… à qui le veut, rien d’impossible aurait pu être ma devise !
Nous nous sommes mariés en 2007.
Enfin le bonheur. Il était là et il valait bien que je me batte toutes ces années pour le trouver car l’instant était béni. Bien sûr, qu’elle était là, la petite voix intérieure qui me disait… méfiance, profites-en… cela ne dure pas éternellement. Elle me gonfle un peu d’ailleurs, cette petite voix qui m’empêche de faire ce que j’ai envie et qui passe son temps à me moraliser. Pas vous ?

Et puis, un soir d’hiver, en 2008, après avoir versé quelques larmes devant la rediffusion du film « Ghost » (vous savez cette merveilleuse histoire avec Patrick Swayze), une conversation étrange s’engage autour de ce film… de la vie et de la mort.
« Je sais où, me dit mon mari, je sais comment, mais je ne sais pas quand ».
Cette conversation m’anéantie et conduit « l’étrangère » à roder à proximité. C’est vrai que, de manière générale, nos conversations allaient bon train, et que l’on pouvait échanger sur tous sujets de conversations. Mais celui-là, je ne pouvais… l’entendre.
Mon mari était en train de m’expliquer qu’il avait une philosophie de vie et depuis toujours, il souhaitait pouvoir en maîtriser la « fin ». Il estimait, en ce soir d’hiver 2008, qu’il était profondément heureux mais concevait que l’avenir pouvait être incertain. Par conséquent, il envisageait de mettre fin à sa vie et se suicider.
A lecture de ces mots, mon mari est en train d’halluciner, elle n’a pas oser le faire, l’écrire, le dire ? Et nos enfants ? Ils ne savent pas. Que vont-ils en penser ? … -Laisse moi finir cet article ! tu me dois bien ça.
Rébellion, déni, anéantissement… je ne sais trouver les mots justes pour exprimer la souffrance qui m’investissait et qui s’agitait en moi telle une boule envahissante et destructrice située au niveau de l’estomac. -Je n’ai pas signé un an auparavant pour m’entendre dire ça.
Il est clair que je ne peux pas comprendre, pas cette fois. Je trouve que ces propos sont égoïstes et le pire, c’est qu’il ne se rends manifestement pas compte de l’extrême douleur que tout cela engendre.
Je deviens donc égoïste à mon tour et pense à tout le pire à venir si jamais il exécutait son plan B. Je pense à nos enfants.
Je pense à la paix qui me quitte car il est certain que désormais, je ne vais plus penser qu’à ça. Va t’il rentrer le soir après son boulot ? Où viendra t’on me prévenir un beau jour, que c’est fini.
Je lui en veux… terriblement d’avoir tout brisé. Je lui en veux terriblement d’avoir mis notre couple en danger, je lui en veux de m’avoir rendue aigrie…. à nouveau.
Force est de constater que tout ce que j’essaye de construire échoue. Que tout à toujours un début et une fin. Alors pourquoi commencer puisque l’on sait comment cela va se terminer ? Rien ne dure. J’en suis arrivée à la conclusion qu’il ne faut pas s’attacher pour ne pas souffrir. Tout donner, certes, mais ne rien attendre ainsi on souffre moins.
Depuis quatre ans, j’essaie de donner le change et de faire bonne figure. Mon mari m’a promis de ne pas mettre « son projet » à exécution et de consulter un médecin spécialisé si cela devait être nécessaire. Il regrette de m’en avoir parlé car je n’ai pas compris.
Je crois oublier, je pense que tout va mieux mais dès qu’il y a un conflit, cela refait surface et on en reparle encore et encore.
Je sens bien que je passe pour quelqu’un d’un peu « chiant » et de pas toujours très drôle. Je suis jalouse de voir que mon mari remporte l’adhésion auprès de la cellule familiale… il joue, il rigole…. bref, pas moi… je n’ai pas envie de jouer, et je ne rigole pas aussi souvent.
-Je trouve que cela a un côté un petit peu injuste.
Aujourd’hui dimanche, quatre ans plus tard, nous avons parlé. C’était nécessaire… j’ai du mal à m’en remettre mais je ne me l’avoue pas..Et pour la première fois, j’ai vu l’ombre de l’étrangère planer et c’est vraiment une chose qui m’est intolérable. Il est temps que je réagisse et que je me ressaisisse.
Pour la première fois, mon mari a su m’expliquer que ce qu’il pensait était une connerie, et qu’il ne l’envisageait plus, que j’avais réussi à le dissuader. Que son côté « ouaich la vie » était révolu avec quelques autres de ces belles convictions d’antan.
L’écrire, c’est mettre un début et une fin à cette histoire et chasser, je l’espère l’étrangère. Je sais comment la médecine soigne cette affection… Pas pour moi, sans façon, non merci.
Peut-être et sans doute, nos enfant prendront connaissance, en lisant ces lignes, de quelque chose qui aurait pu être un drame, mais qui ne l’est pas. Je pense qu’il est bien qu’ils soient au courant, et je ne me voyais pas leur dire au détour d’une conversation… tiens au fait, je ne t’en ai jamais parlé, mais….
Ce jour là, toute cette histoire sera devenue anecdotique et non pas dramatique !
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